samedi 18 octobre 2008

Parlez-Moi de la Pluie

Réputée réaliste et pertinente, notre production hexagonale dite « d’auteur » n’est trop souvent qu’une représentation bourgeoise, convenue et étriquée de notre société. Pour paraphraser le François Truffaut de 1953, le cinéma français s’applique aujourd’hui encore à montrer la vie essentiellement telle qu'on la voit d'un quatrième étage de Saint-Germain-des-Prés. Bohème ou non, petite ou grande, cette bourgeoisie-là tient et inspire toujours ce cinéma où les considérations matérielles et la diversité sociale brillent le plus souvent par leur absence.

Par ses scénarios et réalisations le tandem Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri avait montré une volonté de se démarquer de cette cécité sélective chronique sans prendre une pose trop ostensiblement sociale ou psy, ni prétendre appartenir à un milieu autre que le leur. Le couple avait su trouver peu à peu un équilibre entre un cinéma grand public flirtant avec la comédie et un propos fort, personnel et militant en abordant des thèmes comme le complexe face à la culture, l’acceptation de soi et des autres, l’éducation injuste, les petites hiérarchies familiales ou professionnelles et bien sûr le rapport à l’argent et au statut social. Avec en point d’orgue Le Goût des Autres, énorme succès qui parvenait avec finesse et beaucoup d’humanité à taper douloureusement juste en pointant un certain racisme social ordinaire.

La présence de Jamel Debbouze dès la genèse de ce Parlez-moi de la Pluie laissait espérer de nouvelles pistes d’observation de la société française contemporaine. Malheureusement, à l’instar de Comme une Image, ce nouvel essai est décevant sur le fond. Si les dialogues et surtout l’interprétation frôlent la perfection, en particulier dans les scènes de comédie intime, le propos reste lui superficiel voire simpliste. On sent bien que l’ambition et les idées sont là, mais qu’elles sont justes survolées, comme édulcorées au profit d’une ambiance légère, tout au plus teintée de nostalgie et de vagues regrets vite oubliés. A tel point que les rares moments où le discours devient plus frontal semblent déplacés, comme forcés, tel le monologue - pourtant pertinent - du personnage interprété par Jamel Debbouze évoquant le regard porté sur les immigrés et leur descendance. Passage d’autant plus perturbant que quelques minutes plus tôt le film n’hésitait pas à présenter une vision caricaturale, presque choquante, des paysans sans doute pour le plaisir de faire rire à peu de frais. L’improbable happy-end renforce cette impression de légèreté au goût de démission. Parlez-moi de la Pluie reste malgré tout un très bon moment souvent drôle, parfois émouvant, avec quelques scènes magiques grâce au talent des comédiens. Bref, un bon film français… comme les autres.

1 commentaires:

dasola a dit…

Bonjour, dans parlez-moi de la pluie, on est entre la vraie comédie (duo Debouzze /bacri) et un portrait d'une certaine France. Film aussi superficiel que son titre. Bonne journée.