vendredi 3 octobre 2008

Nos Plus Belles Années

Il était une fois un cinéma américain qui pouvait présenter une héroïne communiste qui ne soit pas une imbécile ou une terroriste qui explose à la fin. Un film où l'on voit des piquets de grève d'étudiants contestataires, où les personnages ne sont ni bons ni mauvais mais justes humains, où le récit d'une histoire d'amour n'est pas le prétexte à une aimable et vaine comédie romantique avec Hugh Grant. Et ce sans qu'il s'agisse d'un petit film indie distribué dans 3 salles à New York mais bien d'une grosse production de la Columbia avec Robert Redford, Barbra Streisand et réalisé par Sydney Pollack, soit le gratin du gratin, le firmament des stars de l'époque.
Évidemment il ne s'agit pas de comparer Nos Plus Belles Années avec un film de Ken Loach.
Nous sommes bien dans un ample et luxueux film hollywoodien qui cherche à séduire, où les personnages ne sont jamais vraiment dans le besoin, où tout le monde est tiré à quatre épingles.
Mais cette chronique douce-amère d'un couple que tout sépare durant les années 40/50, la guerre puis le maccarthysme est un très beau moment de cinéma tout à la fois émouvant et subtilement intelligent. Rien n'y est caricatural, manichéen ni surtout propice à de pesantes démonstrations idéologiques. Barbra Streisand incarne admirablement une ardente intellectuelle aux convictions profondes et à l'inlassable (et épuisante) énergie face à un Robert Redford qui nuance avec talent son personnage de jeune homme de bonne famille sans réel idéal mais à qui tout sourit trop facilement. De compromis en compromissions, chacun sera le révélateur des forces et des failles de l'autre au gré des événements de la vie, qu'ils soient insignifiants ou historiques. Le titre original The Way We Were donne une idée bien plus juste du film par son côté plus nuancé, moins positif et nostalgique que le titre français. Ni mélo larmoyant, ni comédie sentimentale, ni chronique historique, Nos Plus Belles Années dépasse largement le cadre de son intrigue première pour évoquer, l'air de rien, bien des questionnements sur les idéaux, le couple, l'intégrité sans jamais juger aucun des protagonistes. En laissant ainsi le spectateur libre de se faire son opinion le film est sans doute plus surprenant encore aujourd'hui qu'à l'époque. C'était en 1973, autant dire une éternité.

4 commentaires:

fanette a dit…

Eh bien, je ne l'ai jamais vu, mais tu me donnes drolement envie...

RobbyMovies a dit…

Bonjour Fanette,
C'était un peu le but héhé...
Robby

Anonyme a dit…

A la fin du film, j'ai la sensation de voir en hubble (robert redford) un lâche. je l'ai trouver lâche. Mais le problème, c'est que j'ai l'impression de n'avoir pas tout à fait saisit le personnage.

RobbyMovies a dit…

Bonjour ...,

Je pense que la volonté des auteurs était justement de laisser le spectateur face à ses propres valeurs/interprétations des personnages. Oui on peut trouver Hubble lâche, d'autres diront qu'il sait merveilleusement s'adapter, ou encore qu'il n'aimait pas sa femme etc... C'est tout l'intérêt de ce type de film que de présenter des vies à échelle humaine et non sous formes d'archétypes simplistes séparant les bons des méchants. Bref, des personnages qui nous ressemblent quoi...
Robby