vendredi 26 juin 2009

Dreamcatcher

A la vision de cette énième adaptation d'un roman de Stephen King une idée vient immédiatement à l'esprit : comment l’association d'autant de talents confirmés peut conduire à une telle catastrophe ? A ce stade la chose relève presque de l'énigme surnaturelle. Car Dreamcatcher n'est pas un film banalement raté comme il en existe tant mais relève plutôt de l'accident industriel grave qui mérite de s'y attarder un instant.

Lawrence Kasdan à la réalisation et le multi-oscarisé William Goldman au scénario écartaient pourtant d'emblée la possibilité d'un échec majeur. Le premier s'est brillamment illustré tant au niveau scénario (L’Empire Contre-Attaque, les Aventuriers de l’Arche Perdue, Silverado…) que réalisation (La Fièvre au Corps, Grand Canyon, Les Copains d’Abord…) tandis que le second peut se prévaloir d'une des plus prestigieuses collections de scénarii du cinéma (Les Hommes du Président, Marathon Man, Princess Bride…) parmi laquelle figure même l'excellent Misery d'après déjà Stephen King. Un budget de superproduction et la participation d'acteurs de qualité complétaient le tableau et laissaient ainsi présager une entreprise sérieuse à l'image d'autres adaptations de l'auteur produites également par la firme Castle Rock (La Ligne Verte, Les Evadés, Dolores Claiborne...).

N'ayant pas lu le roman d'origine, il m'est difficile d'estimer ce qui relève de l'adaptation ou de l'idée originale. Mais peu importe : des mots ont bien été couchés sur papier pour décrire les situations décrites dans un film que des gens ont trouvé judicieux de produire. Et là on ne peut que douter de la santé mentale des décideurs.

Car enfin, comment des producteurs peuvent-ils décemment miser 78 millions de $ (!!!) en lisant cette hallucinante et chaotique compilation de thèmes rabâchés par l'auteur, un salmigondis où se téléscopent entre autres des-amis-d’enfance-se-retrouvant-adultes-pour-affronter-une-force-maléfique, un bestiaire extra-terrestre incohérent, une menace planétaire, une mission secrète de l'Armée, des télépathes, des "spores" empoisonnées et même une obscure guerre intergalactique qu'il nous faut deviner ? Comment peut-on envisager de filmer sans hurler au fou une longue scène aussi incongrue que ce malheureux "possédé" qui gonfle ici ou là, rote et pète grassement avant d’aller expulser un parasite étron dans les toilettes comme dans n’importe quel sous-produit de David DeCoteau ? Comment imaginer Mr Kasdan expliquant doctement à l’ingénieur du son qu'il faudrait que le bruit de pet soit plus prononcé pour produire l'angoisse recherchée ? Comment peut-on coller de tels affolants sourcils postiches à Morgan Freeman sans exploser de rire au premier test ? D’autant que son personnage de vieux Général caricatural passe son temps à débiter des déclarations sentencieuses et imagées sur le thème "on a des couilles". Sans parler d'un improbable final farci aux transformations saugrenues et dialogues tordants.

Enfin, comment Stephen King lui-même put-il qualifier le résultat de "premier film d'horreur et de suspense pleinement satisfaisant qu'un de mes livres ait inspiré au cours de quinze dernières années" ? Il faut reconnaître que le maître n’est pas forcement le meilleur juge en la matière, lui qui réalisa la pire adaptation de son œuvre avec le calamiteux Maximum Overdrive. Toutes ces questions restent sans réponses et même si la lumière de John Seale participe à la réussite de quelques jolis passages, Dreamcatcher demeure un supermega Z de Major, sommet de l'incongruité enveloppée dans une forme grand luxe, méritant sa place dans la Zone Fantôme du cinéma aux côté de Battlefied Earth, Waterworld et Catwoman.

9 commentaires:

Kuroko a dit…

"hallucinante et chaotique compilation de thèmes rabâchés par l'auteur, un salmigondis où se téléscopent entre autres des-amis-d’enfance-se-retrouvant-adultes-pour-affronter-une-force-maléfique, un bestiaire extra-terrestre incohérent, une menace planétaire, une mission secrète de l'Armée, des télépathes, des "spores" empoisonnées et même une obscure guerre intergalactique qu'il nous faut deviner ?"

Ce telescopage m'avait fait halluciner lorsque j'ai vu le film, on a l'impression de visionner une bonne dizaine de sequences de films différents, avec des idées les plus improbables les uns que les autres (meme si une ou deux pouvaient paraitre sympa), piochant dans les plus gros clichés des thémes habituels de King, pour faire un tout totalement improbable.

Au secours

Erik Wietzel a dit…

Je crois bien que Stephen King est le premier à dire que son film, Maximum Overdrive, c'est de la m. !

Erik Wietzel a dit…

J'ai retrouvé la citation de King : "Par ailleurs, si vous avez vraiment écrit une merde (cela arrive et, en tant qu'auteur de Maximum Overdrive, j'ai qualité pour parler), est-ce qu'il ne vaut pas mieux que ce soit un ami qui vous l'apprenne alors que le tirage se limite encore à une demi-douzaine de photocopies ?"
C'est dans Ecriture Parle-t-il du scénario ? Pas de la mise en scène visiblement... Au temps pour moi.

RobbyMovies a dit…

>Kuroko

Oui et en plus, quand tu y réfléchis 2 minutes, même en adoptant sa "logique" rien ne tient la route, jusqu'au titre lui-même...

>Erik
C'est curieux, je ne me rappelais pas que la nouvelle s'appelait aussi Maximum Overdrive. Problème de traduction sans doute. Il y avait vraiment de quoi confondre en effet...

Kuroko a dit…

le nom de la nouvelle est Poids lourds, Trucks en anglais, dans le recueil Danse Macabre.

RobbyMovies a dit…

Ah bien vu Kuroko, donc il parlait peut-être bien du film finalement...

Erik, on exige une enquête sérieuse dans les plus brefs délais. Ah mais !

Scritch a dit…

Il y a quelque chose dans ce film qui me touche : à chaque nouvelle 'idée', on ne peut s'empêcher, ébahi, de lâcher un "ils ont vraiment osé faire ça ?". Et, d'une certaine manière (perverse, certes), je trouve ça assez beau.

Fredo a dit…

Le roman d'origine est également une plaie à lire, donc finalement, la version ciné ne m'a pas tant étonné que ça, tant qu'elle est au niveau, voir pire : Freeman est ridicule, comment on peut maquiller un acteur pour le faire ressembler à ça sans se poser des questions de crédibilité ?

RobbyMovies a dit…

Hé bien ça ne m'étonne pas finalement, Tommyknockers m'avait déjà fait un effet épouvantable dans un genre proche, et avait même mis un coup d'arrêt à ma "fanattitude" du maître (après quelques autres tout de même auxquels je n'avais pas trop accroché non plus sur la fin...)